dimanche 11 octobre 2009

De la balle !

(Ou : compte-rendu du Trail du viaduc des fauvettes, 50 km et 1100 m de D+ annoncés en 5 boucles, plutôt 48 et 1400 d'après les GPS présents ; photos de Jean-Luc Ginolin, <jingoo.com>)
Je pars pour faire 5h, j’en fais mon cheval de bataille. Avant le départ rencontre avec Bottle et Ysolo. Le temps de mettre le dossard, de s’habiller et hop c’est le départ.

(Bottle part juste devant moi, je me ferai une joie de le doubler vite fait :) )

Je pars vite, dans les dix lors des deux premières boucles, alors que certains s’arrêtent au bout d’un ou deux tours. Donc je vais vite, trop vite mais pour faire 5h, il faut prendre des risques, me dis-je.

(passage sur le viaduc, env. 20' de course)

Donc environ 50' au 1er passage,


(sortie du tunnel, 2e passage, 1h12' de course)

Je passe une deuxième fois la ligne en 1h43' (52' pour cette boucle), la 3e boucle est un peu plus rude (57'), ça commence à tirer. Le parcours est vraiment excellent, très peu de lignes droites, des petits passages entre les arbres sur des mono-traces bien souples, de belles petites bosses et quelques bonnes descentes :


La 4e boucle est une horreur, je peine, je m’endors presque, je suis vraiment cuit. Je m’accroche tant bien que mal, en me disant que je me referai dans la dernière. Je mange un mélange détonnant, crême de marron+noix de cajou, un régal à ce moment. Je termine cette boucle en 3h49' (1h08') ce qui me laisse 1h11' pour rentrer. Ça peut tenir, je remets le mp3 en route et gaz à fond partout. Je commence là à être re-cuit, mais comme j’ai de nombreux repères, je tronçonne le morceau, ça passe mieux. Un gars me double à 15' de l’arrivée, je finis fort (relativement) en 1h08', soit moins de 4h58', je suis super heureux. D’autant que Juan (qui m’a doublé sur la fin) est 2e SH*… je reste donc pour la remise des prix, en compagnie de Ysolo qui s’est bien amusé aussi. Au final donc, 3e SH, et dans les 10 au scratch (vive les V1). C’était chouette, surtout que les cadeaux du podium se mangent : fromages, vin et pain d’épices, de la balle cette course !

(dernier passage sous le viaduc, ça sent la fin de boucle)


*: Après contrôle des résultats, Juan est 3e SH, je suis donc 4e !

jeudi 24 septembre 2009

Hardrock, Hardrock

 


Hardrock, Hardrock, comme un cœur qui bat : Hardrock Hundred Mile Endurance Run.

lundi 21 septembre 2009

Canal d'Orléans, l'intégrale

Oui, je le clame haut et fort : je détiens la meilleure performance interplanétaire du vendredi 18 septembre, pour l'intégrale du canal d'Orléans (enfin j'espère).

Départ du pk 0 du canal, côté Montargis/Châlette-sur-Loing.
Arrêt au pk 79, après le pont SNCF d'Orléans.

Le trajet : openrunner, id=387112
Les photos du jour : picasaweb, canal d'Orléans

Les préparatifs sont vite bâclés : Fabrice, un pote de boulot qui habite idéalement Orléans, m'accompagnera avec mon vélo. Rendez-vous à 5h30 chez lui pour aller prendre le bus Ulys de 6h10 en direction de la gare de Montargis, terminus de la ligne atteint 4 € (à deux, vélo compris) et 1h15 plus tard : oui, pour 2 € le trajet ce n'est pas la peine de s'en priver !
On traverse les voies et nous nous retrouvons devant la gare, côté N7. Il faut la longer vers le nord pour rejoindre l'écluse de Buges qui fait la jonction entre les canaux du Loing, d'Orléans et de Briare, le Loing et le Solin (ça en fait du monde). Le trajet me prend 32' ; il n'y a que 3 km mais j'ai la bonne idée de ne pas suivre mon plan pour suivre un petit chemin... qui se perd un peu et nous également.

Me voilà au départ de mon off-en-solo-mais-avec-assistance du jour. Je me mets en t-shirt, enlève même mon sac à dos : Fabrice le portera sur le vélo, je ne prends que ma gourde à main pour pouvoir picoler à loisir... et c'est parti sur le chemin de la Folie (c'est pas de moi, c'est écrit sur le panneau).

Et c'est parti !

Les 10 premiers kilomètres sont parcourus en un peu moins d'une heure, les mollets, puis les genoux, puis les quadriceps, puis les chevilles me font légèrement mal les uns après les autres : faut que ça chauffe. Le ciel est couvert mais il ne fait pas froid, le parcours est très joli : le chemin est plutôt étroit et les alentours sont très verts.

Les 10 kilomètres suivants sont un régal, les écluses se succèdent à une cadence infernale (il y en a 17 sur la première partie du canal, soit 29 km). Comme à chaque écluse un panneau indique la distance à la suivante, je ne me fixe que le 10 km/h en objectif à très court terme, et ça marche. Pas trop de longues lignes droites, les changements de rive sont assez naturels (les deux côtés sont a priori bon, mais un seul à un chemin aménagé).

À partir du 20e km, les ischios commencent à tirer fortement, les genoux couinent, peut-être que l'UTMB se ressent encore un poil. Ça devient moins facile de courir léger, mais les 10 km/h sont toujours là.

pk 28, arrivée au bief de partage : ce canal est alimenté par son milieu, une longue travée de 19 km, sans écluse. Jusque là, la hauteur d'eau montait (de 80 à 124 m), maintenant elle va rester stable (alors que le chemin monte légèrement, lui, jusqu'au milieu du bief pour atteindre la cote 127,8 m, avant de redescendre) jusqu'à l'écluse de Combreux, qui sonne la descente vers Orléans (de 124 à 95 m). Je me permets une petite pause « informations sur le canal », remplissage de gourde, Coca, pain au chocolat. 9' d'arrêt et je reprends la course à 2h48' depuis le départ, 28 km plus tôt, soit une belle moyenne de je vous laisse calculer combien.

Je m'attends à souffrir beaucoup sur cette partie : on s'y fait vite, à voir des écluses toutes les deux bornes... La mi-course est vraiment affreuse, je suis dans le dur et il m'en reste encore autant... au secours ! Mais finalement les petits virages du canal, l'atmosphère tranquille (il faut dire que la densité de population atteint des records le long de l'eau) et les espaces verts sont fort agréables. J'arrive sans vraiment le croire au bout de cette portion en 2h pile, soit beaucoup moins que ce que je redoutais de mettre. Reste 28 bornes (ah, enfin ça c'est le kilométrage officiel, j'en ferai 2 de plus pour aller au véritable bout du canal) et ça va être dur ! Heureusement, les écluses sont de retour... et maintenant c'est que de la descente (sic !). On en profite pour faire un arrêt déjeuner, Coca, gâteaux, etc. 40' pour faire la jonction avec la première écluse de cette partie, 1,5 km plus loin.

Le redémarrage est laborieux, les muscles sont froids et je mets un certain temps avant de reprendre un semblant de course. Le passage aux 6h de course me donne une idée un peu vague : les 9h sont jouables si je ne traîne pas trop. Les nuages ont laissé place à un beau soleil : avec l'eau d'un côté, les arbres de l'autre et un beau chemin sous les pieds, c'est vraiment un régal. Mais c'est dur, je n'avance plus vraiment, pourtant les 9h me trottent dans la tête, ça vaut bien un effort ! Je repense au récit de l'UTMB de Rond de flan (oui, Juanfé) et me décide de forcer un peu ces jambes à brûler du glycogène jusqu'à la fin. Je me transforme l'espace d'un instant en premier de la course (oui, je suis bien peu de chose à ce moment) et j'essaie de reprendre un vrai rythme de leader. Le pire c'est que ça marche... un peu mais ça marche quand même. Les 9h sont toujours jouables alors je m'y accroche.

À 7h15' de course, je ralentis de nouveau... il me faut un stimulant vraiment afterburner : ZZTop à donf ! Je cède à tous mes caprices, les émotions remontent, je me mets à 12 km/h en me disant que je tiendrai le temps que je tiendrai, tant pis pour la suite ; de toute façon les 9h se tiennent là, si je ne reprends pas maintenant du poil de la bête, je n'y arriverai pas. Ça tient bien 10', en baissant jusqu'à 10 km/h... à l'écluse suivante je me fais une petite pause marche, 150 m pour récupérer du souffle et du power, comme dirait Gé. Et voici une des dernières écluses : je viens de mettre 27' pour 4,5 km, les 9h sont toujours d'actualité.

Sauf... sauf que j'avais prévu 77,3 km sur mon tracé openrunner, mais en fait le canal continue encore un peu plus loin, en fait jusqu'à Orléans même, juste après le pont SCNF : ça rajoute pratiquement deux kilomètres, fait à fond sous le soleil. J'enlève mon t-shirt, je m'imagine devenir Anton et ne jette plus un seul regard sur mon chrono. Je dis à Fabrice de rester derrière, le fait qu'il me double sans pédaler (certes, ça descendait légèrement, mais quand même) me démoralise ! Je finis vraiment en donnant tout, ça fait très longtemps que je n'ai pas eu mal aux jambes comme ça. J'arrive au feu rouge de la dernière écluse et stoppe mon chrono. Je m'assoie et râle de douleur. Pour le coup, je sens bien mes jambes : je voulais qu'elles brûlent et je ne fais plus le malin.
Un coup d'œil à la montre et c'est presque la crise cardiaque : 8h59'24''. Yes, 8 heures et quelques ! Je suis ravi, super content, ah quelle journée.

Après une quinzaine de minutes sur place, je me décide à me relever pour aller boire un coup dans un bar... je ne peux plus marcher, je fais les 100 m jusqu'au bar en vélo ! Avant de m'assoir comme une loque à une table. Un verre de lait-fraise et un autre de Coca plus tard, ça va mieux, je suis prêt pour les 300 m jusqu'à chez Fabrice... en vélo aussi. Il me pousse même dans la côte qui mène à sa résidence, faut dire que je ne l'ai pas trop fatigué. Une bonne douche plus tard, je peux profiter de la grosse chaleur de la voiture... j'attends un peu avant de démarrer, je profite de ces douleurs comme des petits trésors, le sourire jusqu'aux oreilles : je suis bien. Voilà pourquoi je cours de telles distances, j'ai mal mais ce n'est pas de la souffrance, c'est une douleur de passage qui fait un bien fou.

Donc, les 8 heures et quelques sont bien quasiment (quasiment, oui) 9, pour 79 km de canal. C'est un parcours très joli, que je vous encourage à faire. Le faire avec un assistant en vélo est vraiment un plus : trimbaler juste une gourde à main est particulièrement agréable. J'ai consommé 2 l d'eau gazeuse, 1,5 de Coca, quelques compotes, quelques noix de cajou (pour stopper un début de déshydratation), deux pains au chocolat et un paquet de P'tit Déj : c'est pas énorme mais à porter sur le dos, ça commence à faire lourd, surtout que la matinée a été plutôt fraiche, je n'ai pas bu énormément.

Ah oui, le petit détail de conscience, Fabrice avait un dosimètre portable avec lui, ce qui lui a permis de faire une petite statistique sur les UV (ultraviolets) reçus lors de notre périple... où l'on voit que, grâce au soleil d'automne, nous n'aurons pas trop bronzé :

Indice UV mesuré en fonction du temps

Le maximum correspond à un indice de 4,5, soit 0,1 W/m2 et l'intégrale de la courbe nous donne une dose d'environ 1300 J/m2 reçue en 9h — en considérant que nous étions toujours à découvert, ce qui n'est bien sûr pas le cas sur ce trajet bordé d'arbres — ce qui va permettre une superbe synthèse de la vitamine D, puisque la dose recommandée n'est que de 108 J/m2 par jour !

Allez hop : à qui le tour ?

dimanche 13 septembre 2009

Un manque de motivation ? Ça ne va pas durer :


(l'ultrarunning vu par Matt Hart)

Et j'ajoute une de mes citations favorites :
“Going for a run always clears my head, but running 100 miles distills my soul” (K. Knipling)

mardi 1 septembre 2009

Ultra-trail du Mont-Blanc, 2009 edition

Du monde en veux-tu en voilà pour visiter le stand Ufo, du mercredi au vendredi, ça c'est fort et ça fait du bien. Avec le Frédo91, nous nous faisons une pause en douce pour aller courir le long de l'Arve le jeudi après-midi, ça rafraîchit les jambes. Avant ça, la rencontre du siècle : Krissy sur le stand. Voilà l'image qui me restera toute la course devant les yeux, dès que j'aurais besoin de motivation. Vendredi, passage rapide avec Frédo entre midi et deux sur le stand, après une matinée farniente à discuter au CCAS. Là, le Scott passe et j'en profite pour me faire taguer mon beau t-shirt « partant sur l'UTMB '09 ». J'en profite également pour prendre une deuxième pierre pour mon édifice du week-end : quand Scott est dans le dur, il se concentre sur sa respiration. Un petit passage de Koko la reine des fleurs, remontée comme une pendule, et de pleins d'autres Ufos, ça fait plaisir de revoir des vieux de la vieille !
On rentre à Vaudagne pour se préparer et dormir... je me repose juste, ça me gonfle de ne pas pouvoir dormir dans les coups de stress comme ça, je serai en gros déficit sur toute la course. De retour sur le stand, Je m'enfile encore un peu de reblochon d'O.74 et me regonfle à bloc avec la petite phrase anodine du père Bauju : « tout ce qui arrive est ok ».

On file sur la ligne de départ avec donc Frédo, François, Cédric... gros coup d'émotion comme toujours, j'en profite pour crier une bêtise (?) et vrac Vangelis arrive avec ses gros sabots... obligé de partir les yeux embués.

Je pars avec deux options : si je passe aux Houches en 54'18'', je gaze à fond pour finir en 35h, sinon je termine en roues libres. Bon, ce n'est pas exactement ça mais la vérité n'est pas loin : tant que les 35h sont possibles je cravacherai, si elles s'éloignent je pense juste (!) terminer.

Frédo me rejoint avant les Houches, on passe le ravito l'un derrière l'autre -- en environ 57' à ma montre... mais je continue à croire que les 35h sont possibles :-) -- et ensuite je place mon accélération. Comme en 2007, j'avais décidé d'aller jusqu'à Saint Gervais avec les bâtons sur le sac, et me faire un test respiration/cardio/sensations dans le col de Voza. Je n'ai plus d'altimètre (casser à la piscine il y a quinze jours) mais je suis bien et je double : ça me rassure, surtout après la galère de 2008. Je me fais doubler par Bruno un gars bien rencontré aux Légendes Célestes... il a l'air bien en forme. La descente de St Gervais se passe tranquillement, et j'arrive à 21h30 au ravito. Je fais le plein d'eau, prends un morceau de chocolat et repars aussitôt.
J'arrive à courir dès que c'est possible jusqu'à la Balme, je suis vachement content de moi et commence même à faire des plans sur la comète. Dans la montée du Bonhomme, j'imagine les 34h, c'est dire ! Arrivé en haut ça se gâte, le brouillard donne un coup de frein à cette si belle descente sur les Chapieux que j'avais tant appréciée l'année passée. Pendant la descente, je casse un bâton (aaaaaaaaaaaaahhhhh) et me fait doubler par Vince qui part lui pour faire... 30h ! (Arrrg, serai-je parti un poil trop vite ?). Arrêt aux Chapieux, vérification du bâton : j'ai cassé la pointe mais il reste bien vissé, il suffit pour cela de visser dans le bon sens (ça doit être le brouillard qui me mettait la tête à l'envers !).
Un peu de route et 45' pour rejoindre Les Glaciers... la montée test commence. J'avais peiné en 2007, j'avais suffoqué en 2008, cette fois ça passe bien. J'ai un petit rythme mais je ne m'arrête pas, je suis un peu à la bourre sur mes prévisions (ou plutôt celles de Rémi) mais je m'en fiche : je suis bien, je profite et j'adore la portion qui vient. La descente est encore freinée par le brouillard, on patauge un peu pour suivre le balisage. Je ne m'arrête quasiment pas au ravito et file en courant le long du lac. La montée de l'arête Mont Favre est superbe, soleil levant d'une journée prometteuse. Je n'ai plus de montre (perdue je ne sais comment pendant la montée du col de la Seigne...) mais c'est pas grave : je ferai le point à Courmayeur. Je profite -- un peu trop -- de la descente sur Chécrouit où je prends 30'' pour un Coca avant de plonger sur Courmayeur. Vache de nouvelle portion de descente, rigolote mais pour quadriceps avertis uniquement !

Courmayeur, 25' d'arrêt pour changer de chaussettes, pendre une soupe et deux compotes. Je croise Gideon et repars en discutant Lakeland 100 et Bob Graham Round avec un Anglais, jusqu'au début du chemin de Bertone. Là je ralentis pour me préserver un peu. La montée passe bien mais je suis lent, je me fais rattraper par Gideon au moment où l'on arrive au ravito. Pas longtemps sur place, on repart ensemble mais je n'essaie pas de m'accrocher à lui. Dommage, je le vois s'éloigner petit à petit, et même si je cours de temps en temps sur ce balcon magnifique (j'avais jamais couru ici, ni en 2007 ni en 2008), je sens que mes forces s'évaporent vers les Grandes Jorasses. Tant pis, je prends une pause, le dos au soleil. J'appelle à droite à gauche (yes, Krissy est en tête dans Bovine) et le temps d'engloutir un Mars, je réalise que ça fait 45' que je me fais dorer au soleil. Ouch, sacré coup au moral. Je repars et arrive après quelques minutes à Bonatti dans un état de fraicheur incomparable par rapport à 2008. Seulement le ressort est cassé : les 35h sont envolées (avec Gideon, c'est le seul qui aurait pu m'y conduire, si j'avais pu le suivre)... qu'est-ce que je fais ? 38 h ? 40 h ? 46 h ?
Bref, je repars vite de Bonatti mais je me réserve pour le col Ferret... deux heures pour arriver à Arnuva, elle est sympa cette partie en rando !
Le col passe super bien (enfin, ça aurait pu être pire) mais je n'ai pas retrouvé la gniaque, la descente sur la Fouly est assez paisible, j'en profite pour discuter avec qui veut, et téléphoner avec qui répond. Ma course est réellement terminée, entre Bertone et Bonatti en fait. Après c'est flou, plus proche d'une rando...
Un petit arrêt à La Fouly et je repars vers Champex en courant. La montée se passe pas trop mal et j'arrive à la base vie sans allumer ma frontale (ouais, c'était limite quand même). Reste plus que 43 bornes, presque trop facile. Heureusement, il y a encore Bovine, les Tseppes et la Tête au vent... ouch ça fait quand même mal en y pensant. M'en fiche, Krissy vient de remporter une deuxième victoire à l'UTMB en deux participations... je peux finir en roue libre !
Un plat de pâtes et un yaourt plus tard, l'illumination : François arrive, cuit mais encore bien excité par cette course, bonus de sa GTA à peine terminée :
-- On termine ensemble ?
-- Pétard mais oui, ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Voilà qui va remplacer agréablement mon objectif foiré : 43 bornes gratuites.
Il veut dormir un peu, on trouve une place entre une ronfleuse et un ronfleur, je ne peux pas m'endormir mais m'allonger ne me fait pas de mal.

Départ de Champex... ça me rappelle furieusement 2007 avec le Phil. Mais cette fois c'est moi qui passe devant pour Bovine : un régal, je suis bien, j'ai presque retrouvé des jambes de 35h... allez bon, faut faire son deuil.
La descente est par contre toujours aussi lente, et l'arrivée à Trient fait du bien. On hésite encore à dormir (je commence à être limite point de vue sommeil) mais voilà la deuxième couche qui arrive : Isa et Paulo en terminent de leur PTL en reprenant le tracé de l'UTMB. Ça veut dire qu'ils nous suivent jusqu'à Cham'... ça veut dire qu'on ira à Cham' ensemble, yes.
La montée des Tseppes s'avère difficile, je m'en rappelais comme d'une pente constante et roulante au possible, avec tapis d'aiguilles de pins -- mon œil oui, j'en suis pour mes frais --... et le rythme des PTLeurs est un poil trop lent pour me réchauffer. Je prends un gros coup de barre. Le soleil se lève lorsque l'on rejoint Catogne, avec la gelée blanche... le coup de barre ne passe pas, j'essaie de calculer à quelle heure on sera à Cham' et le résultat m'effraie. L'arrivée à Vallorcine me remet les compteurs à zéro : Scott et Krissy sont là... rigolo de voir des coureurs en jean alors que ceux qui arrivent là sont encore loin d'en avoir terminer. La montée de la Tête au vent me réchauffe et le sourire revient, ainsi que les jambes. Je croise Finch (rencontré au CCAS, qui fera assistant caméraman tout le week-end, il est trop cool ce p'tit Belge !) et prends encore quelques cours de montagne avec le père François. Paulo est dans le dur, sûr qu'une PTL ça use, Isa toujours aussi enthousiaste : quelle équipe, les voir me donne le sourire. La traversée sur la Flégère est assez longue mais j'aime bien, je la trouve rigolote, j'ai l'impression d'avoir des jambes de 35h... faire son deuil. Ravito, et on se met au rythme des marcheurs : 2h indiquées pour rejoindre Cham', c'est parti pour 2h de discussion... tout ça entre deux pâtes de fruits et deux arrêts vidange, qu'est-ce qu'il picole ce Bauju. À l'entrée de Cham', nous nous arrêtons avec Isa et Paulo pour attendre leur équipier, qui après un arrêt forcé à Champex a fait le forcing pour revenir, tout seul. Le voilà, nous pouvons repartir pour franchir la ligne, et attraper ainsi la qualification pour l'UTMB 2010 et 2011 (si les critères ne changent pas) : ça tombe bien, j'ai envie de changer l'année prochaine, mais la suivante me parait pas mal pour TAPER UN CHRONO DE 35H, PÉTARD !
Un petit coucou à Finch, puis à la dream-Ufo-team derrière les barrières et voilà la ligne, merci François : cette dernière partie était chouette, vraiment chouette. Pas trop d'émotions sur la ligne, faut dire que j'en ai fait le plein sur le parcours, et puis j'ai l'impression de terminer en très bonne forme, il y a un certain décalage par rapport à d'habitude... une polaire en cadeau et voilà, c'est vraiment terminé pour ce coup-ci.

Il est tard, et donc tout de suite temps d'aller se doucher pour rattraper le retard des apéros et autres salades... Je pense encore à Rond de flan (*) et son méga sandwich du Poco-Loco, damned ça ne sera pas encore pour cette année.

La journée se termine par une pizza à quatre compères : Frédo qui a vécu une première nuit difficile, rattrapée par les Philouteries des heures suivantes, Phil sans qui je ne serai certainement pas là, François sans qui je n'aurais pas vécu une aussi belle fin de course. On est bien.

Par ordre d'apparition ou presque, merci à Phil, Françoise, Frédo91, Sam, Cédric88, Finch, FrançoisdelesBauges, Olivier74 et Véro, Bébert, Vince, Scott, Joe, Krissyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy, Gui, Erwan, l'Électron, Koko, Bruno, Gideon, Le Piou & Paulo, Rond de flan(*), P'tit Lou, ThierryM, la famille... j'en oublie, désolé. C'était bien, pétard que c'était bien. Il me reste à me bourriner un peu les quadriceps en préparation : je ne supporte pas encore les 1000m- de Courmayeur. J'ai tout de même appris des choses, et mis certaines autres en pratique aussi rapidement qu'il le fallait : une belle image devant les yeux, une re-concentration sur la respiration, une phrase qui déplace les montagnes.

Pour 2010 j'ai encore le temps de réfléchir, mais il y aura certainement un 100 miles, j'aime ce format de course, même si je n'y suis pas encore -- et de loin ! -- à l'aise. J'ai lu il y a quelques temps un truc de Keith Knipling qui me reste planté profondément : Going for a run always clears my head, but running 100 miles distills my soul, pour moi ça marche.

mercredi 1 juillet 2009

Le Grand Duc de Chartreuse

Parti en train le samedi, j'arrive en gare de Grenoble en car (ouaip !), croise Emeric (The Yéti, qui abandonnera) et ses compères et me fait véhiculer par Sam jusqu'à St Pierre, où l'on écoute le briefing. Je récupère mon dossard (avec t-shirt et échantillon de Chartreuse, hé hé hé) et on file chez les girafons qui m'accueillent comme un roi. Serge nous rejoint pour le dîner (il vient de se faire la première partie de la course, j'aurai donc des infos de premier choix pour le parcours de demain) ainsi que Upda & Co. Bon repas, bonnes discussions, bon bouquin, bonne courte nuit comme je les aime.

Réveil à 3h23, petit déj (trop) copieux et c'est parti pour 30' de virages qui, malgré la souplesse de conduite de Sam, vont me mettre l'estomac en compote de poire, coulis framboise.


(tout est prêt, photo Sam)

Je ne me sens pas en pleine forme quand je rentre dans le sas du départ, à côté de mes 202 compagnons du jour. Il faut dire que mes 41 km d'entrainement depuis quatre semaines, et mes presque deux dernières semaines vides de course et remplies de boulot n'aident pas. L'estomac est lourd, je ne partirai pas trop vite du coup, me dis-je.

5h12, départ pour une première montée à la dent de Crolles (prononcez Crôles), et déjà la tête gamberge : je suis à 800m+/h, tout le monde me double, le palpitant ne prend pas ses tours et je sens que la journée va être longue. En fait, je débute un énorme coup de mou qui ne passera pas... sensation étrange, heureusement que je ne le savais pas à ce moment-là. Dans la montée après le col des Ayes, je regarde derrière et ne voit plus grand monde... ce n'est pas souvent que je suis en queue de peloton dès la première difficulté. Passage du pas de l'Oeille sans problème, d'autant qu'une échelle est installée exprès pour nous : déjà un endroit dit aérien de passer, ouf. La descente, dans les lapiaz (lapiazzzzzes pour PhV), saupoudrés de boue due aux pluies de la semaine est franchement glissante, je ne vais pas me lâcher là-dedans, me dis-je. J'arrive tout de même à doubler quelques concurrents, mais le rythme n'y est pas.

7h30, arrivé au passage premier relais (la course pouvait se faire en relais de deux ou cinq), je trace sans m'arrêter au ravito [ndlr : je suis 89e à ce moment-là, je pensais être plutôt dans les 150e ! bizarre]. Ah oui, c'est vrai que je n'ai pas encore mangé, l'estomac est encore en vrac, et la San Pellegrino de ma poche n'arrange pas mon affaire. J'ai la bouche pâteuse, ma première pause (2', le temps de prendre un peu de Coca dans mon sac) se fait en haut du col de Bellefont à 7h50. Ensuite c'est le début de la fin. À chaque passage un peu difficile, ma bibliothèque mentale ne me sort que des souvenirs d'endroits où j'ai peiné : tiens, ça ne te rappelle pas le Grand col Ferret... tiens, ça ne te rappelle pas cette dernière descente de l'Annecime 2007, tiens là on dirait les Vosges des 15 lacs... tiens... tiens... bref, ça n'arrête pas. J'arrive au ravitaillement de Saint-Même et j'ai une révélation : je change l'eau de ma poche. Enfin je vais pouvoir me régaler d'eau fraîche... j'aurais pu y penser plus tôt. Arrive ensuite St Philibert (où le bénévole me fait gentiment remarquer que le premier est passé deux heures avant) ; je bois quelques verres de Coca et enfin je mange : j'entame un tube de compote et je prends quelques raisins [ndlr : 90e ici, incroyable ! il n'y a pas que moi qui peine alors].

Puis c'est la côte qui mène au Grand Som, qui débute par une route qui monte gentiment, et qui se poursuit sur un beau chemin (tiens là maintenant, je ne me le rappelle plus). Arrivé au col, j'ai mon seul coup de montée en pulsations : le passage réputé aérien et dangereux, arrive. Finalement ça passe très bien, le chemin est sécurisé par un câble, et l'on monte dos au vide : impeccable pour moi. En plus je suis tellement crevé que j'ai la tête au ras des cailloux, et les yeux qui ne voient plus rien à plus d'un mètre. Enfin le paysage se découvre et je me retiens de crier, en voyant la croix au sommet : "Je vois le Christ, nous sommes sauvés" (vous noterez au passage mes références humoristiques). Je ne m'attarde pas au sommet, mais je me pose cent mètres plus loin, je m'allonge dans les herbes et je téléphone à la maison. Après une pause de dix minutes qui fait du bien, je repars plein d'entrain. J'oublie de voir le monastère des Chartreux, je me concentre sur mes pieds... enfin plutôt je les regarde. La descente sur St Pierre est laborieuse, j'arrive vers 14h30, accompagné de Sam qui était venu à ma rencontre.



(bientôt St Pierre de Chartreuse, photo Sam)

[ndlr : je suis pointé à 14h49, à la sortie du contrôle, environ à la 100e place... purée j'y crois à peine, j'étais pas si mal au classement].

Passage au contrôle médical... tension à 13/11 et petit papier d'homologation : vous pouvez repartir quand vous voulez. Ah bon ? Vraiment ? Bon, alors hop, je décolle... enfin je m'extirpe de se siège. Petite discussion au soleil avec ma dream team de supporters (Anaëlle et ses parents), j'opte pour un repos jusqu'à 15h, limite horaire conseillée par le traceur pour arriver dans les temps. Mais le premier est annoncé, alors je quitte ce refuge pour ne pas le voir... il ne me prendra pas 29 bornes, non mais. Enfin, c'est reparti mais c'est pas gagné. Je courotte un peu sur cette première partie en bitume, je prends un bon rythme sur le sentier en sous-bois, fort agréable, je suis à 600m+/h, naze, sans énergie, avec l'estomac qui peine à faire passer les cinq chips du dernier ravito, mais au moins j'ai l'impression d'avancer : ça ne va pas durer. Je laisse passer les concurrents solo, duos, relayeurs a cinq... je me range sur le côté au début et peu à peu je m'assoie, et puis je m'assoie même sans personne à laisser passer. J'ai bien le temps cette fois de voir le monastère, c'est déjà ça.


(au fond, le monastère, photo Sam)

Sam a une voiture au col de Porte : ça devient mon seul objectif. Au Collet, j'essaie d'amadouer les bénévoles pour organiser un relais pour me porter, mais ça ne marche pas. Moi non plus d'ailleurs, je ne marche plus, je peine, j'alterne les 20 m+ avec une pause, j'en peux plus.

Et puis vient un changement de sentier : ravito et col de Porte tout droit, sommet du Charmant Som à droite, 100m+ plus haut. Je choisis la facilité, je coupe, oui je me libère, j'arrête la galère.


(l'instant décisif, photo Sam)

De toute façon j'étais trop près de la barrière horaire de 18h30 au col de Porte. Je me sens tout de suite mieux, soulagé d'un énorme poids. Je rends donc mon dossard au ravito des châlets du Charmant Som. Le col est à 7 kilomètres, ça va être dur. On trouve heureusement un couple de retraités avec leur voiture au belvédère : un petit coup de stop et nous voici au col, près de l'Ufo-mobile, OUF !

Le retour se fait à petit rythme, fenêtres ouvertes pour calmer mon estomac pas en grande forme. On arrive pas trop tard pour le repas, et le riz d'Anaëlle me redonne le sourire : l'estomac n'est plus stressé, je commence à avoir une sacré faim. Je passe pourtant sur le tartelette aux myrtilles et même sur le rhum, quel affront aux girafons ; heureusement ils ne semblent pas m'en tenir rigueur : ils m'offrent même une deuxième nuit dans le bureau, royal. Un bon bouquin et une bonne nuit.

Le retour se fera tranquillement en voiture avec les parents d'Anaëlle, plus que sympa, qui me déposent à ma porte : royal !

Bref, le Grand Duc c'est chouette (yes !) et en plus c'est roulant... mais pas partout. Je n'ai vraiment aucun remords d'avoir abandonné, ça m'a même regonflé à bloc pour retrouver un entraînement digne de ce nom. J'avais besoin de voir des montagnes, pour ça je suis servi. La course était trop dure pour moi mais tant pis : c'était beau et j'ai hâte d'y retourner !

Merci aux organisateurs et néanmoins gens normaux, aux bénévoles, au soleil qui était au rendez-vous, aux nuages qui l'ont voilé quand il tapait trop fort. Pas vu un seul strigiforme, tant pis je reviendrai !

lundi 1 juin 2009

On est bien

De retour des Sentes des légendes, le sourire plaqué sur la trogne.
Il n'y a pas à dire, chez les Célestes : on est bien !


Au passage, j'en profite pour faire faire un ultra à mes Inov-8 f-lite 230 : un régal.
Le récit de ma course est paru dans le numéro 61 d'Ultrafondus magazine.